Podcast | Gaël Giraud : le portrait du monde qui vient | Présages

par | 6 avril 2018

« Ce que je crains moi, c’est que nous rééditions ce type d’exploit morbide. C’est à dire que les élites du Nord arrivent à se protéger des menaces environnementales qui sont devant nous, provoquent des catastrophes et des espèces de génocides analogues à celui de 1890, et ne tiennent même pas compte de la réalité de ceci. »

Gaël Giraud est chef économiste de l’Agence Française du Développement (AFD), et prêtre jésuite. Un homme singulier, inclassable, au parcours pour le moins atypique, qui oscille entre des univers que tout oppose a priori. Diplômé de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm et de l’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique, il est également docteur en mathématiques appliquées de l’Ecole polytechnique, spécialiste de la théorie des jeux, et directeur de recherches au CNRS.

Gaël Giraud a travaillé pour les marchés financiers à New York, avant de devenir membre de la compagnie de Jésus en 2004, puis prêtre en 2013. Il a fondé le centre d’accueil d’enfants de la rue à Balimba, au Tchad, où il a passé deux années qui l’ont éveillé aux problématiques du climat et de l’énergie. Sa parole juste et lucide tranche avec le discours ambiant, et explore une véritable éthique de l’économie.

Nous avons parlé de l’influence de ses différentes casquettes, entre spiritualité et rationalité, finance et voeu de pauvreté ; d’un épisode très méconnu de l’Histoire en 1890, durant lequel 50 millions de personnes sont mortes en moins de deux ans ; de ce que signifie concrètement une planète à +3 degrés ; des facteurs explicatifs de l’inaction et du déni : la prime au vice engendrée par l’absence de vraie législation et la mythologie de la concurrence entre entreprises, ainsi que le cynisme, la bunkerisation et le syndrome du Titanic d’une partie des élites économiques et sociales.

Nous avons discuté de l’évolution de la démographie, du rôle des femmes dans la transition écologique et dans la conversion de notre relation à la nature, pour passer d’un rapport de domination à une forme de coexistence et de partage. Nous avons également parlé de l’urgence de créer de nouveaux modèles économiques qui prennent en compte les ressources naturelles, et du besoin de revaloriser la dépense publique. Entretien enregistré le 6 avril 2018.

« C’est ça le portrait de la planète à la fin du siècle à +3 ou +4 degrés. Ca veut dire aussi très certainement une planète qui est largement hostile à la présence humaine sur des pans entiers des continents sur lesquels nous vivons aujourd’hui. »

« Il y a là quelque chose de désespérant du coté des scientifiques quand on voit l’inaction de la classe politique, et d’une certaine manière on pourrait parler d’obscurantisme de la part d’une partie des médias qui ne relaie pas la réalité catastrophique de ce que nous savons par ailleurs. »

« Une bonne partie d’entre nous n’arrive pas à croire ce que nous savons, ce qui renvoie à une question d’acte de foi dans la manière dont nous comprenons l’avenir qui est devant nous. »

« Tant qu’on continue de régir les relations entre entreprises par de la concurrence, il y aura une prime au vice, une prime à l’industrie brune. »

« On a absolument besoin de revaloriser la dépense publique, une dépense publique intelligente, on a besoin de « mieux d’état », non pas de moins d’état. »

« La vérité, c’est qu’on a absolument besoin d’investissements publics massifs dans le train, parce que le train c’est la mobilité verte de demain. »

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